L

Bocages.

  

Le lin, à la croisée, donne sur ses jardins,
S’ouvre sur des saisons qui montent pêle-mêle
Ou, fontaine d’essors, à la ronce s’emmêle
Et croule fracassé de naufrages soudains.

Là, des forêts d’odeurs que traverse en silence
Le taffetas d’un pas qu’un fin duvet parfait
Somnolent sans nul vent parmi l’élan défait
Qui jonche des sols chauds la sourde nonchalance.

Et sur ces fleurs charnues qu’imprègne un musc ardent,
Comme un insecte flambe au sein du soir strident,
Le regard hume l’ambre, inaudible, et se pose

Afin que, confondu à l’or des frondaisons,
Nimbé de rêve et d’âme, en sa métamorphose
Il trame l’œil épars de glauques déraisons.



Bernard Courteau
Galerie Libre, Montréal - Juillet 79
Extrait de Ur, Tabou d’Errance
Les 2ditions Emile-Nelligan, Montréal